~ because i'll drown in your deep pink water ~

"Mais ici, j’ai peur de ce lit désert où tu me renvoies et j’ai peur aussi que tu m’abandonnes."

Albert Camus, Le Malentendu

"Tu n’as pas à travailler pour le soir qui tombe, mais pour les matins que tu ne verras pas."

Thierry Maulnier, Les vaches sacrées, IV

« Elle vous parle d’elle, c’est-à-dire de ceux qu’elle aime. Nous sommes faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre. Si retranchée soit notre vie, perdue sur les hauteurs brûlées de vent, elle n’est jamais si proche que dans une poignée de visages aimés, que dans cette pensée qui va vers eux, dans ce souffle d’eux à nous, de nous à eux. Elle parle et vous écoutez ce gravier d’étoiles crissant dedans sa voix. »

Christian Bobin, L’Inespérée

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Je ne l’ai rencontrée que deux fois. C’est peu. Mais l’extraordinaire ne se mesure pas en termes de temps. Je fus conquis d’emblée par son air d’absence et de dépaysement, ses chuchotements (elle ne parlait pas), ses gestes mal assurés, ses regards, qui n’adhéraient aux êtres ni aux choses, son allure de spectre adorable. “Qui êtes-vous? D’où venez-vous?” était la question qu’on avait envie de lui poser à brûle-pourpoint. Elle n’eût pu y répondre, tant elle se confondait avec son mystère ou répugnait à le trahir. Personne ne saura jamais comment elle s’arrangeait pour respirer, par quel égarement elle cédait aux prestiges du souffle, ni ce qu’elle cherchait parmi nous. Ce qui est certain c’est qu’elle n’était pas d’ici, et qu’elle ne partageait notre déchéance que par politesse ou par quelque curiosité morbide. Seuls les anges et les incurables peuvent respirer un sentiment analogue à celui qu’on éprouvait en sa présence. Fascination, malaise surnaturel.

A l’instant même où je la vis, je devins amoureux de sa timidité, une timidité unique, inoubliable, qui lui prêtait l’apparence d’une vestale épuisée au service d’un dieu clandestin ou alors d’une mystique ravagée par la nostalgie ou l’abus de l’extase… (…) son charme même s’inscrivait dans le révolu. Elle aurait dû naître ailleurs, et à une autre époque, au milieu des landes de Haworth, dans le brouillard et la désolation, aux côtés des sœurs Brontë…”

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Emil Cioran, Exercices d’admiration

(Source : tournevolelara)

«  Sous les traits d’Angélique, on peut reconnaître une image féminine dont la présence est attestée de longue date dans l’œuvre de Zola : la Fleur-des-Eaux de « Simplice » (dans les Contes à Ninon), la vierge enfant « plus blanche que la neige, plus limpide que l’eau de source, plus profonde et plus immense en pureté que le ciel et la mer » dont rêvait le narrateur de La Confession de Claude, et surtout Albine de La Faute de l’Abbé Mourret, avec ses yeux bleus, sa « chair de lait », « toute une grâce de corps naissant, encore baigné d’enfance, déjà renflé de puberté », « épanouie sans honte ainsi qu’une fleur ». Angélique présente le même charme, la même délicatesse, la même indécision des formes ; elle connaît un sort analogue, une mort qui est fusion, évanouissement dans la douceur. »

Roger Ripoll, Préface du Rêve de Zola

"Ton corps nu semble un ange chargé de veiller ton âme."

Marguerite Yourcenar, Feux