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« Quand je ne pense pas à toi, je pense à toi. Quand je parle d’autre chose, je parle de toi. Quand je marche au hasard, j’avance vers toi.
Je quitte les livres où tu n’entres pas. Je jette les poèmes qui ne trouvent pas tes lèvres. J’efface les tableaux qui n’attirent pas tes yeux. J’éteins les chansons qui n’éveillent pas ta voix. Fatalement je transfigure tout ce que j’aime: les complaintes, les ballades, les mélodies. Je change les intrigues, imite les accents, maquille les décors, piège les répliques, congédie les héros. Jusqu’à improviser en des langues que je ne connais pas, sous un ciel qui n’existe pas. Que ça m’appartienne ou non, je t’offre ce qui a été créé de plus sublime, de plus sauvage, de plus magiquement accordé à ton image. Tu m’as écrit, et tu es partout, et tu es toujours, et tu es mon amour. »
(André Velter, L'Amour extrême)

« Je veux faire briller dans ton immense bague Blanche, Qui fait de ta main une eau dormante, Un regard enfin prisonnier Et qui se donne enfin Comme une âme marine offerte aux feux premiers D’un soleil engourdi dans les glaces polaires. Enfin pour mieux marquer dans ces jours de colère L’apaisement venu de tes cils clandestins, Je veux faire tomber la rosée du matin Dans ce trou d’améthyste où murmure sans fin Un poète enivré par ton âme lunaire. »

Antonin Artaud, “Pour Lise”, Poèmes

« Un peu au-dessus de la flottaison de la marée, une plante magnifique et singulière (…) offrait aux regards de larges nappes brouillées et obscures, partout piquées d’innombrables petites fleurs couleur lapis lazuli. Dans l’eau ces fleurs semblaient s’allumer, et l’on croyait voir des braises bleues. Hors de l’eau c’étaient des fleurs, sous l’eau c’étaient des saphirs; de sorte que la lame, en montant et en inondant le soubassement de la grotte revêtu de ces plantes, couvrait le rocher d’escarboucles.
A chaque gonflement de la vague enflée comme un poumon, ces fleurs, baignées, resplendissaient, à chaque abaissement elles s’éteignaient; mélancolique ressemblance avec la destinée… »

Victor Hugo, Les Travailleurs de la Mer

"Je m’abhorre encore plus que tu ne me détestes."

Racine, Phèdre

« Ensuite j’ai compris ma faute et mon erreur:
Qui veut sans ailes suivre un ange dans son vol,
Il sème sur la pierre: c’est en vain qu’il jette
Ses paroles au vent et son esprit vers Dieu.
Mais si de près mon cœur ne saurait endurer
Cette extrême beauté qui éblouit les yeux
Et si, quand elle est loin, je perds confiance et paix,
Que devenir? Quel guide ou même quelle escorte
Pourra me secourir et me garder de toi,
Dont l’approche me brûle et le départ me broie? »

Michel-Ange, “Sonnet à Tommaso Cavalieri”, Poésies

SOS d'un terrien en détresse - Grégory Lemarchal

"En ce sens les amoureuses sont des écrivains-nés."

« La jeune fille ne tient pas son amant entre ses bras. Dans sa main droite, elle tient un fragment de braise éteinte. Dans sa main gauche, dans l’obscurité de la nuit, elle avance une lampe à huile qui fume. Soudain elle lève la flamme au-dessus de ses yeux en sorte de projeter l’ombre de ce qu’elle voit derrière ce qu’elle voit. Elle ne caresse ni ne presse contre elle le volume de son corps. Elle délimite soigneusement, avec son charbon, le contour de cette répercussion obscure sur la surface de la paroi. Elle ne jouit pas de lui; elle ne profite pas de sa présence; elle n’est même plus avec lui; elle le voit absent; elle le regrette; elle désire cet homme; elle le rêve. »

Pascal Quignard, Sur l’image qui manque à nos jours