Instagram Hortus Conclusus

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« Quand je ne pense pas à toi, je pense à toi. Quand je parle d’autre chose, je parle de toi. Quand je marche au hasard, j’avance vers toi.
Je quitte les livres où tu n’entres pas. Je jette les poèmes qui ne trouvent pas tes lèvres. J’efface les tableaux qui n’attirent pas tes yeux. J’éteins les chansons qui n’éveillent pas ta voix. Fatalement je transfigure tout ce que j’aime: les complaintes, les ballades, les mélodies. Je change les intrigues, imite les accents, maquille les décors, piège les répliques, congédie les héros. Jusqu’à improviser en des langues que je ne connais pas, sous un ciel qui n’existe pas. Que ça m’appartienne ou non, je t’offre ce qui a été créé de plus sublime, de plus sauvage, de plus magiquement accordé à ton image. Tu m’as écrit, et tu es partout, et tu es toujours, et tu es mon amour. »
(André Velter, L'Amour extrême)
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"Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille…"

Baudelaire, “Recueillement”, Les Fleurs du mal

Mes regrets - Polnareff

"Quel beau thème pour un roman! L’inverse de “Résurrection”: le bagnard ramenant à la vie, par son contact, la jeune fille sur le point de se perdre dans un monde médiocre: la vraie perdition."

Paul Gadenne, Les Hauts-Quartiers

"Tais-toi, rêveuse ! Tu me fais trembler… Tu te briseras les os, en retombant sur la terre."

Emile Zola, Le Rêve

[Betty Mondeville…]

   « - C’est vrai, dit-elle. Il faut que tu vives. Il faut que tu respires, que tu travailles, que… Il faut que tu finisses ton livre, parce qu’après cela les gens seront obligés de comprendre qui tu es. Et c’est à cause de moi!… commença-t-elle avec des larmes. Et, tirant aussitôt la conclusion: Tu vois, il ne faut plus que je vienne… Au revoir, Didier. Je ne suis bonne à rien, ni à personne. Je le savais. Il fallait que ça arrive… Il fallait… Il fallait que ça se termine comme ça…
   Elle exagérait sans doute quelque peu, mais Didier la sentait horriblement sincère et il n’était même pas sûr qu’elle attendît de lui un démenti.
   Le démenti ne vint pas. La fatigue, la contrariété pouvaient donc le rendre méchant. Il n’aurait pas voulu être méchant. Surtout avec Betty… Et de sentir qu’il devait le paraître, contre son gré, aggravait encore sa méchanceté.
   Avec Betty… (…) La main dans la main de Betty, il découvrait, épousait son humilité, il supportait à son tour le poids, la fragilité du monde. Dans les chemins encore champêtres qui entouraient sa maison, et menaient de chez elle au Séminaire, dans les jardins plantés de hêtres pourpres et portant jusqu’aux nues le vermillon ou le rose éclatant des rhododendrons, la rencontre de Betty était toujours marquée d’un signe de douceur, de pauvreté, de pureté, d’une inclination de palmier, d’une sorte de poétique consentement. De temps à autre, Betty surgissait d’entre les branches des magnolias, d’entre les alignements des tilleuls, se glissant dans le silence, dans la lumière, comme un animal furtif, avec des mouvements de loutre, toute couverte de sa chevelure… »

Paul Gadenne, Les Hauts-Quartiers

[entre la culture et la vie]

   « De tous les grands artistes de la renaissance ; nul n’a exprimé d’une manière plus saisissante que Léonard de Vinci la noble métamorphose que cette révolution féconde fit subir à l’âme humaine et la condition antithétique qu’elle lui imposa. (…) Cette énigme a un double caractère ; elle est douloureuse, elle est souriante, et de ce contraste il se dégage une expression bizarrement pathétique, formée également de joie et de souffrance, de bonheur et de tristesse. Toute la candeur de l’innocence est sur ces visages, toute la science amère de l’expérience y est aussi. On croirait à des êtres naïfs, si une ironie profonde ne se jouait dans leur sourire ; on croirait à des êtres corrompus, si tant de bonté ne se mêlait à la lumière de leur regard. Ce mystère qui séduit et inquiète en eux à la fois contient toute l’histoire de la Renaissance, le retour ardent à la nature à travers les corruptions d’une civilisation raffinée et par l’effort d’une science enthousiaste. Ce sont des âmes vieilles d’expérience, ayant depuis longtemps porté le deuil de toute virginité morale, qui ont découvert une fontaine de Jouvence, s’y sont plongées, et ont retrouvé dans ses eaux quelque chose de la naïveté qu’elles n’avaient plus ; mais cette fontaine de Jouvence n’a pas eu pour elles les vertus du Léthé : tout en redevenant naïves, elles n’ont pas perdu l’expérience, et en retrouvant la nature elles n’ont pas oublié la civilisation. C’est par l’étude qu’elles ont reconquis la naïveté, c’est par la curiosité qu’elles ont reconquis la simplicité ; leur âme est double, et c’est cette dualité qu’expriment ces sourires mystérieux qui ont tant fait écrire d’ingénieux commentaires à ceux des critiques de notre temps qui sont sensibles aux nuances de la beauté.
   (…) Et nous aussi, il nous faudra faire la même délicate expérience que les personnages de Léonard de Vinci, si nous voulons que nos imaginations portent les mêmes fleurs dont les imaginations des siècles passés se couvraient (…) ; nous aussi, nous aussi, nous devrons retrouver la nature par l’art, la naïveté par l’étude, et pénétrer les secrets de la poésie par une curiosité passionnée. Ce n’est que par des greffes habiles et patientes que nous pourrons faire reverdir ces puissances aujourd’hui languissantes de l’imagination et de la passion, ce n’est que par une excessive culture que nous pourrons entretenir en nous la sève poétique et lui rendre sa libre circulation. »

Emile Montegut, “Les romans de monsieur Cherbuliez”, Revue des deux mondes, 1867

""Je cherche un cœur pur, pour y prendre mon repos" (Imitation de Jésus-Christ).
Mais j’aurai beau chercher maintenant. -"

Alain-Fournier à Jacques Rivière, 21 Septembre 1909

"Fondue de souffrance, amincie encore, elle n’était plus qu’une flamme très pure et enfin belle."

Emile Zola, Le Rêve